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L'Europe des retraites


Tandis que la réflexion sur l?avenir des retraites est relancée dans notre pays (cf. rapport du COR, évoqué la semaine passée dans INFO DOC N°100), il est intéressant de constater les « tendances » sur ce sujet de nos voisins européens.
Allemagne : La réforme votée cette année.
L'âge de la retraite, de 65 ans actuellement, va passer à 67 ans, entre 2012 et 2029. Les personnes nées à partir de 1947 sont concernées par cet allongement par étapes. Les personnes nées à partir de 1964 partiront à la retraite à 67 ans. Concrètement, de 2012 à 2024, l'âge de la retraite augmentera d'un mois par an pour arriver à 66 ans dans un premier temps. De 2024 à 2029, il augmentera de deux mois par an pour finalement atteindre 67 ans.
Le niveau des retraites doit être maintenu à hauteur de 46 % du revenu brut antérieur jusqu'en 2020. D'ici à 2030, il ne devra pas tomber sous la barre des 43 %.
Les cotisations de retraite passent cette année de 19,6 % à 19,9 % du salaire brut, acquittées paritairement par l'employeur et le salarié. Elles seront maintenues sous la barre des 20 % jusqu'en 2020 et ne devront pas dépasser les 22 % jusqu'en 2030.
Adaptations et exceptions : les parents pourront ajouter au nombre d'années travaillées le nombre d'années passées à élever leurs enfants (jusqu'à dix ans). Sans obtenir une retraite plus élevée puisqu'ils n'auront pas cotisé pendant ces années, ils pourront toutefois partir à la retraite au même âge que les autres. Pour ceux qui ont déjà cotisé 45 ans et plus, l'âge de la retraite est maintenu à 65 ans. Enfin, la retraite anticipée pour les handicapés passe de 63 à 65 ans, toujours sans réduction des cotisations. Pour les autres, un départ anticipé à 63 ans se soldera par une réduction des cotisations de 14,4 % au total, à raison de 0,3 % par mois.
Italie : des cotisations déjà élevées.
L'âge de départ est de 65 ans pour les retraites dites de « vieillesse ». Pour les retraites « d'ancienneté », il est de 57 ans jusqu'au 31 décembre 2007 ou après quarante ans de contributions, quel que soit l'âge.
La réforme de juillet 2004 élève l'âge minimum des retraites d'ancienneté à 60 ans au 1er janvier 2008 (ou 61 ans pour les travailleurs indépendants). Ce plancher devrait être porté à 61 ans en 2010 et 62 ans en 2013. La gauche radicale demande un relèvement plus graduel : 58 ans en 2007, 59 ans en 2009, 60 ans en 2010, 62 ans en 2014. Il en coûterait 4 millions d'euros au Trésor public. L'âge moyen de départ à la retraite tourne autour de 60 ans.
Les cotisations représentent en Italie 33 % du salaire brut. Quelque 24 % sont payés par l'entreprise et 9 % par le salarié. Un tiers des retraites est versé à des personnes n'ayant pas 60 ans : il s'agit des retraites « d'ancienneté ».
La retraite complémentaire reste l'apanage des entreprises, qui gèrent la masse des cotisations (environ 13 milliards d'euros de cotisations nouvelles par an) dans le cadre d'un mécanisme connu sous le nom de « traitement de fin de rapport » (TFR). Les fonds paritaires couvrent 9 % des salariés. À partir du 1er janvier 2007, les salariés du secteur privé employés par des firmes de plus de 70 salariés ont six mois pour indiquer le fonds de leur choix ou demander le maintien du statu quo. S'ils ne se prononcent pas par écrit, leurs cotisations seront automatiquement versées au régime général de la Sécurité sociale (INPS.)
Grande-Bretagne : l'influence du rapport Turner.
L'âge de départ à la retraite doit aussi reculer. La réforme publiée fin novembre prévoit son allongement progressif à 68 ans d'ici à 2046. Jusqu'à présent, les Britanniques commençaient à percevoir leur pension d'État à 60 ans pour les femmes et 65 pour les hommes. Cette nouvelle loi touche uniquement le secteur privé. Les fonctionnaires du service public continueront à percevoir leur retraite à partir de 60 ans.
La retraite d'État de base se monte actuellement à 84,25 livres par semaine (125 euros) pour une personne seule et à 134,75 livres (200 euros) pour un couple. Elle sera bientôt plus avantageuse: à partir de 2012 elle sera indexée sur les salaires et non plus sur l'inflation. La suppression de cette indexation avait été une des premières mesures prises par Margaret Thatcher en 1980. Mais le système britannique est surtout basé sur les retraites d'entreprises, dont les fonds sont pour la plupart lourdement déficitaires.
Pour y remédier le gouvernement a mis en place un plan national d'épargne-retraite, auquel cotiseront obligatoirement les salariés de plus de 22 ans à partir de 2012, soit potentiellement 10 millions de nouveaux cotisants pour une épargne annuelle évaluée à 8 milliards de livres. La cotisation, soit 4 % du salaire, sera payée par les entreprises (3 %) et l'État (1 %)
Espagne : un projet consensuel.
Gouvernement, syndicats et patronat ont donné leur accord à la réforme qui sera votée dans les prochaines semaines. L'accès à la retraite exigera, de manière progressive et dans un délai de cinq ans, une période minimum de cotisations de 5 475 jours, soit 15 ans de vie active cotisés contre 12,5 ans auparavant. Les treizième mois, primes et bonus ne seront plus comptabilisés, seules les cotisations sont valables.
Cas nouveau : il existera des coefficients réducteurs de l'âge du départ à la retraite pour les emplois à risque ou pour les personnes handicapées. Or, dans tous les cas le départ de la vie active ne peut se faire avant les 52 ans.
Favoriser les seniors : les salariés âgés de 65 ans et ayant cotisé leurs 35 annuités verront leur retraite augmenter de 2 %. Cette hausse passe à 3 % pour ceux ayant travaillé durant 40 ans. Dissuader les départs en retraite anticipée : l'âge minimum pour les préretraites passera de 60 à 61 ans et il sera exigé un minimum de cotisation de 30 ans et au moins six ans d'ancienneté dans l'entreprise.
Le texte envisage aussi de verser des pensions plus généreuses à ceux qui auront été licenciés. A aussi été adoptée, avant l'approbation définitive de la loi, une mesure de compensation pour les retraités aux petites pensions. Les prestations les plus basses (environ 200 euros par mois) augmenteront de 13,3 %, et de 2,6 % pour celles considérées comme moyenne (700 euros). L'État compte verser cette année 864 millions d'euros pour compenser la hausse des prix. Cette mesure concerne un retraité sur quatre en Espagne.

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