Retraites : un débat fondé sur des informations comparatives faussées
D'après Philippe Askenazy, les études comparatives effectuées par l'OCDE sont erronées et fragilisent ainsi la concertation portant sur l'âge légal de départ à la retraite. Avant d'entamer un débat sur les différentes solutions envisagées pour assurer la pérennité de notre droit à une pension de retraite, l'économiste rappelle la nécessité d'opérer une analyse comparative plus nuancée des différents régimes de retraite dans le monde.
Des comparaisons imprécises effectuées par l'OCDE
Selon Philippe Askenazy, économiste français et directeur de recherche au CNRS, la concertation sur la réforme de notre régime de retraite est faussée, en ce sens qu'elle repose sur des études comparatives imprécises. Ces dernières semaines, le Gouvernement a exprimé clairement son souhait de relever l'âge légal, en se basant sur les informations publiées par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ces dernières indiquent que la France bénéficient actuellement d'un âge de départ à la retraite exceptionnellement bas, en comparaison à d'autres pays, notamment l'Allemagne. Or, ces données occultent quelques réalités, biaisant ainsi le débat sur notre changement de système de retraite.
Une analyse plus nuancée de la réforme des retraites en Allemagne
En réalisant une étude comparative plus minutieuse, Philippe Askenazy précise que la majorité des réformes étrangères furent souvent réalisées de manière délicates et échelonnées. En Allemagne, par exemple, le système de pension fut modifié successivement en 1992, 1999, 2001, 2004 et 2007. Bien que l'âge légal fut relevé dans ce pays, le nombre d'annuités exigé pour bénéficier d'un droit à pension est resté relativement bas, fixant ainsi l'âge réel de départ à la retraite en dessous du seuil requis. L'économiste précise également que les 45 annuités nécessaires outre-Rhin, pour profiter d'une pension à taux plein, ne constituent pas en réalité une longue période, car beaucoup de travailleurs allemands ont débuté très tôt comme apprentis.
Une étude plus approfondie du système de retraite japonais
Poursuivant son étude comparative nuancée, Philippe Askenazy indique que les travailleurs japonais ayant cotisé au moins 25 ans, peuvent prendre leur retraite dès l'âge de 60 ans. Cependant, la plupart d'entre eux bénéficient de leur droit à pension bien plus tardivement, en raison d'avantages économiques significatifs. Selon l'économiste, cet exemple semble prouver que le seuil minimal de départ à la retraite n'est pas une variable déterminante au sein d'un régime de retraite. En réalité, un faisceau de paramètres influe sur l'âge effectif de départ à la retraite, comme la rentabilité de la durée de cotisation, le fonctionnement de sur et sous-cotes, les mesures prises par les entrepreneurs afin de conserver les seniors parmi leurs personnels, etc...
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