Retraites : le passage à 41 ans suffit-il à régler la question du financement?

Dans un entretien au Monde daté de vendredi, Raphaël Hadas-Lebel indique que l’allongement de la durée de
cotisation ne suffira, à elle seule, à régler la question du financement des retraites.
Le passage à 41 ans, prévu par la loi Fillon de 2003, « ne fait que traduire le principe selon lequel les gains
d'espérance de vie doivent être équitablement répartis entre l'allongement de la durée de cotisation et celui de la
durée de la retraite », rappelle Raphaël Hadas-Lebel.
En 2007, le régime général des retraites a accusé un déficit de 4,6 milliards d’euros. Selon les projections du COR à
l’horizon 2020, même en passant à 41 ans de cotisation, purger ce déficit ne sera possible que dans des
circonstances optimistes. Même un contexte de plein emploi et de forte productivité n’y suffiront pas.
Il faudra encore transférer vers les caisses de retraites des excédents dégagés par d’autres branches de la Sécurité
sociale, en particulier l’Unedic. « Si les perspectives se révélaient moins favorables, il faudrait examiner d'autres
transferts de recettes, d'autres solutions », estime le président du COR.
Présidente de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, Danièle Karniewicz est du même avis. « Il faut arrêter de
faire croire que les seules solutions c'est d'allonger la durée d'activité ou baisser le niveau des retraites »,
interpelle la responsable de la CFE-CGC.
Selon Danièle Karniewicz, « il faut remettre à plat complètement les financements » de la Sécurité sociale en
général, faute de quoi, les mesures proposées ne feront que peser à chaque fois un peu plus sur les salariés.
« Le problème, il faut le régler par des financements supplémentaires, des assiettes différentes, des cotisations sur
les profits ou les plus-values », poursuit-elle. Une vision que partagent la plupart des syndicats
La CGT, elle, souhaite que les revenus financiers soient mis à contribution et que les entreprises cotisent davantage.
Pour FO, des mesures comme une taxe de 3% sur les bénéfices non réinvestis, un point de cotisation en plus des
entreprises et des cotisations sur l’intéressement, la participation et les stock-options rapporteraient quelque
12 milliards d’euros.
D’un autre côté, sur la base des calculs du COR, le syndicat fait valoir que rester à 40 ans « ne coûterait que »
4,1 milliards d’euros d’ici 2020.
Mettre les stock-options, l’intéressement et la participation à contribution avait déjà été suggéré par la Cour des
comptes. Dans leur dernier rapport sur l’application des lois de financement de la Sécu, les sages de la rue Cambron
avaient d’ailleurs évalué le coût de ces « niches sociales ».
L’ensemble de ces dispositifs représente « une perte de recettes conséquente pour le régime général (entre 6 et 8,3
milliards d’euros) », relevaient-ils. A lui seul, « le dispositif d’exonération sociale des stock-options représente une
perte de recettes estimée à 3 milliards d’euros en 2005 », ajoutait la Cour des comptes.
Cette dernière avait même poussé le vice jusqu’à évaluer les exonérations sociales sur les dépenses et avantages
octroyées par les comités d’entreprises, (chèques restaurant, chèques vacances) : 2,5 milliards d’euros en 2005.
La présidente du Medef préconise, quant à elle, de relever à 63,5 ans l’âge légal de départ en retraite, en plus de
l’allongement à 41 ans de la durée de cotisation. « Ce scénario est le seul qui permettrait en 2020 de trouver un
équilibre financier du régime général », affirme Laurence Parisot.
source : Apicil |